Economie

Commerce du cabas : l’Algérie encadre officiellement la micro-importation

Après des années d’informalité, la micro-importation, connue sous le nom de « commerce du cabas » est entrée dans l’économie formelle. Le décret exécutif n°25-170 et une instruction interministérielle précisent les règles, plateforme digitale, plafonds précis, produits interdits… Tour d’horizon du nouveau régime pour les auto-entrepreneurs.

Sur les trottoirs animés et les marchés à ciel ouvert, le commerce du cabas continue d’occuper une place centrale. Ces vendeurs, souvent à l’origine de circuits courts, font circuler fruits, légumes et produits artisanaux avec une simplicité qui séduit encore une clientèle fidèle. Loin d’être marginal, ce commerce traditionnel constitue un pilier de l’économie locale et reflète un mode de consommation ancré dans la culture populaire.

Ceux qui rentrent d’un voyage avec un cabas bien rempli, le fameux commerce du cabas, sont désormais entrés dans l’histoire économique officielle. Le décret exécutif n°25-170 du 28 juin 2025, accompagné d’une instruction interministérielle du 27 août, consacre la micro-importation comme une activité encadrée, reconnue et protégée.

Commerce du cabas en Algérie

Cadre légal et conditions d’exercice

En accédant au statut d’auto-entrepreneur, les micro-importateurs gagnent une place dans l’économie formelle, avec obligations sociales et accès au système bancaire, tout en respectant des plafonds stricts et des procédures digitales sécurisées.

Les nouvelles règles encadrant le commerce du cabas imposent des conditions strictes aux importateurs individuels. Chaque opération est désormais plafonnée à 1,8 million de dinars, avec une limite fixée à deux voyages par mois. Pour exercer cette activité, il est indispensable d’obtenir une carte d’auto-entrepreneur « micro-importation » délivrée par l’ANAE, ainsi qu’une autorisation générale valable un an, délivrée en seulement cinq jours.

Par ailleurs, chaque transaction doit obligatoirement être déclarée via une plateforme numérique connectée aux services des douanes et aux administrations compétentes, renforçant ainsi le contrôle et la traçabilité des flux commerciaux.

Avantages pour les micro-entrepreneurs

Le régime offre plusieurs allègements administratifs et fiscaux :

  • Comptabilité simplifiée, avec tenue d’un registre coté et paraphé par les services fiscaux.
  • Dispense d’inscription au registre du commerce.
  • Exonération de l’obligation d’autorisations préalables pour chaque importation.
  • Droit de douane unique de 5% et régime fiscal spécifique adapté à la micro-importation

Les produits interdits

Afin de garantir la sécurité publique et sanitaire, l’instruction précise les catégories de produits exclus de la micro-importation :

  • Médicaments, dispositifs médicaux, produits chimiques, explosifs, armes, drones.
  • Vêtements usagés, produits périssables, alcool, tabac, pièces détachées, intrants industriels, produits animaux et végétaux à risque

Conditions et sanctions

ÉlémentDétail
Plafond1,8 million DA par déplacement (env. 12 000 €)
Fréquence2 voyages par mois max
Statut & autorisationCarte auto-entrepreneur + autorisation générale (1 an)
DéclarationObligatoire via plateforme numérique
AllègementsComptabilité simplifiée, dispense RCS, douane 5%
produits interditsMédicaments, animaux, alcool, tabac, vêtements usagés…
Critique majeureCoût des voyages, accès aux devises, exclusion PME
Importateurs au cabas, conditions et sanctions

Quand « commerce du cabas » rime avec poids économique réel

Le commerce du cabas s’inscrit dans un tissu informel beaucoup plus vaste, qui échappe largement à la régulation, mais joue un rôle central dans l’économie algérienne. Voici quelques indicateurs pour comprendre son ampleur :

Parmi les 9 millions d’emplois recensés en 2009, 3 à 4 millions étaient informels, dont une large part dans le commerce.

Entre 25 % et 40 % du PIB algérien dépendrait directement de l’économie informelle désert une source essentielle pour des centaines de milliers de ménages.

En 2012, plus de 3,9 millions d’Algériens travaillaient dans le secteur informel non agricole, contre 1,6 million en 2001.

Une enquête rapporte que 80 % des transactions commerciales se faisaient sans facturation, et 70 à 80 % des paiements en espèces, révélant le rôle majeur du cash, notamment pour le commerce du cabas.

La régularisation répond à une décision présidentielle du 18 mai 2025, qui visait à intégrer les jeunes importateurs au cabas dans l’économie formelle, pour les protéger juridiquement et économiquement

Cependant, des observateurs comme le think tank CARE dénoncent déjà certains verrous bureaucratiques, obligation de déplacements fréquents, financement en devise via circuit parallèle, et exclusion des PME, jugée contre-productive.

Fatiha Lar

Fondatrice de JoliMatin, média de référence de la diaspora algérienne. Passionnée d'actualité, d'immigration et de culture algérienne, elle couvre depuis plusieurs années les sujets qui touchent les Algériens du monde entier.

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