Taxe de 33 % sur les transferts France-Algérie : une mesure qui inquiète la diaspora
Un projet de taxe de 33 % sur les transferts France-Algérie suscite de vives inquiétudes. Avec près de 1,9 milliard $ envoyés en 2023, la diaspora redoute une baisse de son pouvoir d’achat et l’essor de circuits parallèles.
Le gouvernement français étudie un projet de taxe de 33 % appliquée aux transferts d’argent vers l’Algérie. Si cette mesure venait à être adoptée, elle toucherait de plein fouet les quelque deux millions d’Algériens établis en France qui soutiennent régulièrement leurs familles restées au pays.
En 2023, la diaspora a transféré près de 1,9 milliard de dollars vers l’Algérie, selon les données de la Banque mondiale. Ces fonds représentent une véritable bouée de sauvetage pour des centaines de milliers de ménages, notamment en période de forte inflation et de dépréciation du dinar.
Taxe sur les transferts France-Algérie, l’impact économique
Une taxe de 33 % reviendrait à amputer directement le pouvoir d’achat des familles bénéficiaires. Concrètement, un envoi de 1 000 € pourrait être réduit à 670 € seulement une fois la taxe appliquée, un manque à gagner considérable.
Les économistes craignent aussi que cette mesure alimente l’essor de circuits informels tels que la hawala ou le transport de liquidités en valises. Ces pratiques, déjà répandues, échapperaient totalement au contrôle fiscal et financier, augmentant les risques de blanchiment et de trafics illégaux.
Une source potentielle de tensions bilatérales
Pour Alger, une telle taxe représenterait un frein majeur à l’un des canaux financiers les plus vitaux du pays. Les transferts de la diaspora pèsent davantage que certains investissements étrangers et constituent une source précieuse de devises. Leur ralentissement risquerait de fragiliser encore plus l’équilibre des comptes extérieurs.
Sur le plan politique, cette mesure pourrait également raviver les tensions entre les deux rives de la Méditerranée. La diaspora, déjà confrontée à la hausse du coût de la vie en France, y verrait une double pénalisation.
Montants transférés : l’importance des chiffres
- En 2023, la diaspora algérienne a transféré entre 1,868 et 1,87 milliard de dollars vers l’Algérie via des circuits officiels
- Ce montant marque une progression modeste (environ +68 millions USD par rapport à 2022), selon la Banque mondiale
- En comparaison :
- le Maroc a perçu 11,8 milliards en 2023,
- l’Égypte 19,5 milliards
La diaspora en chiffres
- Selon les estimations récentes, la diaspora algérienne en France atteint environ 2,5 millions de personnes sur trois générations (immigrés, enfants, petits-enfants)
- Environ 900 000 personnes sont nées en Algérie et résident en France (1930–2023)
Effets économiques immédiats
- Une taxe de 33 % sur un transfert de 1 000 € se traduirait par une perte de 330 €, soit 670 € nets livrés.
- Cette mesure pourrait entraîner une baisse drastique du pouvoir d’achat pour des dizaines de milliers de familles bénéficiaires.
Risques de circuits parallèles
- Le faible volume des envois officiels s’explique notamment par la concurrence du marché informel ou hawala, qui offre un taux de change 30 à 40 % plus avantageux que le taux officiel
- Une taxe élevée renforcerait ces pratiques non régulées, échappant aux contrôles fiscaux et favorisant le blanchiment d’argent.
Conseils pratiques pour éviter les sanctions
Face aux incertitudes et aux risques liés aux transferts d’argent, quelques précautions s’imposent :
- Vérifier les règles avant chaque voyage : se tenir informé des plafonds en vigueur pour le transport de devises.
- Déclarer systématiquement les sommes dépassant les seuils légaux, afin d’éviter toute sanction en cas de contrôle.
- Conserver les justificatifs financiers (bulletins de salaire, relevés bancaires, attestations de change) pour prouver la provenance des fonds.
- Privilégier les transferts électroniques via les banques, Western Union ou MoneyGram, plutôt que le transport de devises en espèces.
- Répartir les fonds entre voyageurs adultes lorsqu’un envoi en liquide est inévitable, afin de limiter les risques de saisie.
Une décision encore incertaine
Pour l’heure, il ne s’agit que d’un projet en discussion. Aucun calendrier officiel n’a encore été annoncé. Mais la perspective d’une telle taxe alimente déjà les débats au sein de la communauté algérienne en France. Beaucoup redoutent qu’une mesure jugée injuste ne pousse encore davantage la diaspora vers les canaux parallèles, au détriment de la transparence financière.




