Mohand Alouache : le silence autour de sa disparition à Montrouge
À Montrouge, un studio HLM est devenu le lieu d’un drame silencieux, le corps de Mohand Alouache, 85 ans, a été retrouvé le 22 septembre, mort depuis près de trois ans. Malgré les odeurs et la boîte aux lettres débordante, personne ne s’est inquiété. Un témoignage glaçant de solitude.
Mohand Alouache, une mort restée invisible
Mohand Alouache vivait seul dans un studio social de la rue Hippolyte-Mulin, à Montrouge, depuis des années. Arrivé d’Algérie en 1970, ex-travailleur du bâtiment, il avait obtenu ce logement HLM en 2003. [Observalgerie rapporte] qu’il ne répondait plus aux enquêtes sociales depuis 2019, et que son dernier paiement de loyer date de février 2023.
Ce sont les procédures liées aux loyers impayés qui ont déclenché l’expulsion, et l’intervention des autorités à cette fin a conduit à la découverte macabre, le corps en état avancé de décomposition, trouvé assis au sol, trois années après sa mort.
Les signes ignorés, les voisins interloqués
Dans cet immeuble, aucun voisin n’avait relevé l’absence prolongée de Mohand. Malgré une boîte aux lettres débordante, les odeurs persistantes, ni l’administration HLM ni les services sociaux n’avaient sonné l’alarme. “Le monsieur du premier étage ? Non, je ne l’ai jamais vu”, confie une locataire, incrédule.
Le bailleur avait tenté plusieurs fois de le contacter ; les courriers restaient sans réponse. Le silence était total — jusqu’à ce que l’expulsion lancée pour loyers impayés lève le voile sur un drame.
Isolement, guéridon de solitude : une réalité trop souvent tue
Ce cas reflète une forme particulièrement aiguë d’isolement social :
- Un âge avancé (85 ans) et l’absence de famille ou de proches régulièrement présents.
- Le syndrome de Diogène évoqué par les enquêteurs : accumulation d’objets, manque de visibilité sociale.
- Les institutions (office HLM, services sociaux) qui n’ont pas réussi à déclencher d’intervention malgré les signaux (courriers, enquête sans réponse).
Ce que cet événement nous dit de notre société
Quand une vie humain se termine sans témoin, sans visite, cela dépasse le drame individuel. Mohand Alouache devient le miroir de ce que beaucoup préfèrent ignorer :
- L’extrême fragilité des personnes âgées isolées, même dans des quartiers urbains densément peuplés.
- La responsabilité collective : voisins, bailleurs, administrations, services sociaux.
- L’importance de la vigilance civique : un courrier non relevé, une porte restée close, une absence remarquée — tout cela peut être un signal.
Mesures et pistes pour prévenir de tels drames
Pour que l’oubli ne devienne pas norme, voici ce qui pourrait être mis en œuvre :
- Renforcement des enquêtes sociales obligatoires — systématiques en cas d’absence prolongée de communication, de loyer impayé ou de courriers non relevés.
- Visites de courtoisie ou vérification des services publics lors de signaux faibles (boîte aux lettres pleine, factures non payées).
- Formation et coordination des bailleurs sociaux, des CCAS, des services municipaux pour détecter et aider les personnes isolées.
- Création d’alerte de voisinage : encourager les voisins, amis ou commerçants à signaler les disparitions ou silence inhabituel.




