Société

Chômage des jeunes en Algérie : une génération en fuite

Le taux de chômage des 16-24 ans en Algérie frôle désormais les 30 %. Un chiffre vertigineux, reflet d’une économie en déséquilibre et d’une génération qui s’interroge, faut-il partir pour exister ?

Dans les cafés d’Alger ou d’Oran, la conversation tourne souvent autour d’un même mot, chance. Non pas celle du jeu, mais celle de trouver un emploi, un visa, ou simplement une porte de sortie.

Entre les murs d’universités pleines à craquer et les guichets d’ANEM saturés, une jeunesse diplômée compte les jours, les diplômes et les refus. Le pays a formé ses enfants, mais peine à les retenir. Et plus que jamais, l’Algérie voit s’échapper sa plus grande richesse, sa jeunesse.

Un taux alarmant qui parle d’urgence

À Alger, Sofiane, 27 ans, a deux diplômes et aucun emploi. Comme des milliers d’autres, il envisage le départ. En 2025, près de 30 % des jeunes Algériens sont sans travail, un record régional. Derrière ces chiffres, une génération en perte de repères.

Le taux de chômage national a été estimé à 12,7 % en octobre 2024, selon les données de Office national des statistiques (ONS). Mais ce chiffre global masque une réalité beaucoup plus grave, pour les jeunes de 16 à 24 ans, le taux atteint 29,3 %.

Près de 75 % des chômeurs sont âgés de moins de 30 ans, selon l’ONS. Ces données révèlent un marché du travail qui échoue à absorber les nouvelles générations et pose la question de leur avenir.

Exode ou exil ? Quand le chômage pousse au départ

Le manque d’emploi stimule l’émigration, jeune, formé ou non, beaucoup envisagent de quitter le pays. Le récit d’un jeune diplômé d’Alger qui attend un poste depuis plus d’un an en témoigne : « Je n’aspire pas à devenir riche ailleurs, juste à faire ce que je sais faire. Ici je suis invisible. »

Face à cette réalité, les destinations comme la France, le Canada ou les Émirats arabes unis apparaissent comme des échappatoires. L’économiste Antoine Pécoud observe : « Quand une société ne parvient plus à offrir de perspectives, le départ devient une réponse logique ».

Le phénomène concerne non seulement l’émigration officielle mais aussi la mobilité fugace, la recherche d’un contrat à l’étranger ou tout simplement la volonté de changer de décor.

Diplômés, femmes, zones rurales : les laissés-pour-compte

Le chômage ne touche pas tous les jeunes de la même façon. Les diplômés se heurtent à la saturation du marché, près de 42,5 % des chômeurs n’ont aucun diplôme. Les femmes sont aussi nettement plus exposées.

Bien que les données exactes de 2024 ne soient pas toutes publiées, les analyses antérieures placent leur taux nettement au-dessus de la moyenne. En zone rurale, l’accès à l’emploi reste plus limité et l’inactivité plus forte, tandis que les grandes villes concentrent les aspirations mais aussi les déceptions.

Les pistes pour changer la donne

Pour que le chômage des jeunes cesse d’être un mal chronique, trois leviers sont essentiels :

  1. Réorientation de la formation : adapter les cursus aux secteurs porteurs comme le numérique, les énergies renouvelables ou la logistique.
  2. Encouragement de l’entrepreneuriat : offrir des financements et un cadre réglementaire favorable aux jeunes innovants.
  3. Mobilité et diaspora comme atout : valoriser les compétences des Algériens à l’étranger, créer des passerelles, faciliter les retours. Le gouvernement en a fait une priorité, mais la mise en œuvre reste lente et les résultats partiels.

Le taux de chômage chez les jeunes algériens dépasse un seuil critique. Plus qu’un simple chiffre, il représente un choix pour toute une génération, rester et subir, ou partir et recommencer.

Face à cette genèse d’exil, la réponse ne réside pas seulement dans de nouveaux emplois, mais dans une refondation du système de formation, une ouverture économique et une vision qui arrête de compter pour commencer à changer.

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