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Algérie : billets d’avion en devise obligatoires pour les compagnies étrangères

L’Algérie renforce son contrôle sur la billetterie aérienne. Désormais, certaines compagnies étrangères devront vendre leurs billets d’avion en devise, et non plus en dinars. Objectif, limiter les transferts illicites de capitaux et encadrer les écarts tarifaires sur les vols avec escale. Un changement majeur entre en vigueur dès l’été 2025.

Le marché aérien en Algérie se restructure discrètement, mais fermement. En cause : des pratiques commerciales floues de la part de certaines compagnies aériennes étrangères, notamment sur les vols long-courriers avec escale. Jusqu’ici, bon nombre de billets étaient vendus en dinars, même lorsque la réglementation exigeait un paiement en devise.

Pour y remédier, les autorités algériennes annoncent une série de mesures qui entreront en vigueur dès juillet 2025, via un nouveau système numérique douanier. Cette réforme vise à assainir la billetterie internationale, à protéger la monnaie nationale, et à imposer plus de transparence sur les transactions. Le signal est clair, l’accès au marché algérien reste ouvert, mais sous conditions strictes.

Billets d’avion en devise obligatoires

Des billets vendus en dinars… mais encaissés en devises

Depuis plusieurs années, certaines compagnies aériennes étrangères ont pris l’habitude de vendre en Algérie, en dinars, des billets vers des destinations non desservies par Air Algérie, et comportant une ou plusieurs escales. Une pratique que le règlement de la Banque d’Algérie interdit pourtant formellement.

Selon ce règlement, le prix d’un billet avec escale ne doit pas dépasser de plus de 10 % celui d’un vol direct équivalent, et tout dépassement au-delà de ce seuil doit être payé en devise (euro, dollar ou autre monnaie convertible). En ignorant cette règle, ces compagnies ont non seulement contourné la loi, mais ont aussi provoqué une évasion massive de devises, en transférant les revenus tirés des ventes locales vers leurs sièges à l’étranger.

Vente des billets d’avion en devise en Algérie : ce que dit la réglementation

Selon la Banque d’Algérie, les billets d’avion en devise deviennent obligatoires dès lors qu’il s’agit d’un vol opéré par une compagnie étrangère, avec escale, sur une ligne non couverte par Air Algérie. Le principe est simple : si le tarif dépasse de plus de 10 % celui d’un vol direct équivalent, le paiement en dinars n’est plus autorisé. Ce dépassement doit être réglé en euro, dollar ou toute autre devise convertible.

Jusqu’à présent, cette règle était largement ignorée. Mais avec l’arrivée du système Alces, la douane pourra suivre chaque transaction en temps réel. Objectif? mettre fin à l’évasion de devises et aux fausses déclarations de volume de ventes. Pour les agences de voyages, cela signifie un changement radical dans la gestion des réservations.

Un système numérique pour bloquer les abus

Le dispositif qui changera la donne s’appelle Alces. Il s’agit du nouveau système numérique douanier algérien, censé entrer en service dès juillet 2025. Ce système permettra aux autorités de contrôler en temps réel les ventes de billets, de détecter les écarts entre le prix affiché et le montant transféré, et de sanctionner les fausses déclarations.

D’après les informations du journal Echourouk, certaines compagnies aériennes ont déjà commencé à prévenir leurs partenaires algériens, notamment les agences de voyages, pour leur demander de se conformer aux règles. La pression monte, car le dispositif Alces s’annonce comme un outil redoutablement efficace pour traquer les irrégularités.

Transferts illicites des compagnies aériennes étrangères

Le préjudice pour l’État ne se limite pas à la conversion illégale du dinar en devise. Une enquête de la douane algérienne révèle également que certaines compagnies déclarent des chiffres de vente inférieurs à la réalité, ce qui leur permet de réduire artificiellement les montants à transférer ou à fiscaliser. Ainsi, une double fraude se dessine :

  • d’un côté, les billets vendus en dinars mais encaissés en devise à l’étranger,
  • de l’autre, des bilans faussés, qui minimisent les volumes réels de billets vendus.

Résultat, des pertes considérables pour le Trésor public algérien, et une inégalité de traitement entre transporteurs locaux et étrangers.

Ce que doivent faire les agences de voyages

En tant qu’intermédiaires, les agences de voyages en Algérie ont désormais un rôle central dans la régularisation du secteur. Elles devront :

  • Vérifier le type de vol (escale ou non, ligne desservie ou non par Air Algérie)
  • Appliquer correctement la règle des 10 % de dépassement autorisé
  • Refuser de vendre en dinars si la réglementation l’interdit
  • Conserver toutes les preuves de paiement et de facturation en cas de contrôle

L’ère du laxisme semble bel et bien révolue. Les agences qui continueraient à ignorer les nouvelles consignes s’exposent à des sanctions administratives, voire à des poursuites pour complicité de fraude.

Avec cette nouvelle mesure, l’Algérie affirme que l’ouverture de son marché ne signifie pas l’absence de règles. En imposant des paiements en devise sur certaines lignes, l’État protège non seulement sa monnaie, mais aussi son équilibre fiscal et sa souveraineté économique.

Dans un contexte régional et mondial marqué par des tensions monétaires et des politiques de rapatriement des capitaux, cette reprise en main apparaît comme une démarche cohérente, attendue par de nombreux observateurs. Pour les compagnies étrangères, il ne s’agit pas d’un rejet, mais d’un rappel à l’ordre, faire des affaires en Algérie, oui mais selon les règles du pays.

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