Société

Aïd el-Adha : 2 walis démis au Maroc pour désobéissance au Roi

En ayant procédé au sacrifice rituel de l’Aïd el-Adha malgré les instructions explicites du roi Mohammed VI, les walis de Fès-Meknès et de Marrakech-Safi ont été démis de leurs fonctions. Une décision rare, qui souligne la fermeté du pouvoir royal face aux écarts hiérarchiques.

Le Maroc traverse une période de vigilance exceptionnelle face à la sécheresse, et le roi Mohammed VI avait, pour la première fois, appelé à suspendre le sacrifice de l’Aïd el-Adha. Pourtant, deux hauts représentants de l’État, les walis de Fès-Meknès et de Marrakech-Safi, ont choisi de maintenir publiquement ce rituel, allant à l’encontre des orientations du souverain. Leur éviction immédiate par le ministère de l’Intérieur confirme la volonté du pouvoir central de faire respecter l’autorité royale jusque dans les pratiques locales, surtout lorsque l’intérêt national est en jeu.

Une sanction inédite pour désobéissance à une consigne royale

Le ministère de l’Intérieur a tranché. Mouaad Jamai, wali de la région Fès-Meknès, et Farid Chourak, wali de Marrakech-Safi, ont été relevés de leurs fonctions, après avoir publiquement enfreint les consignes royales liées à la non célébration du sacrifice de l’Aïd el-Adha 2025.

Cette décision fait suite à la diffusion de photos et vidéos montrant les deux responsables participant au rituel, malgré l’appel du roi à l’annuler cette année en raison de la sécheresse persistante. L’ordre n’était pas symbolique, il représentait une directive claire et justifiée par les circonstances climatiques et économiques exceptionnelles que traverse le pays.

L’appel du roi Mohammed VI pour l’Aïd el-Adha

Le 23 février 2025, dans un communiqué solennel relayé par le ministre des Habous, le roi Mohammed VI avait appelé les Marocains à ne pas sacrifier d’animaux pour l’Aïd el-Adha. Cette prise de position reposait sur des raisons à la fois religieuses, sociales et environnementales :

« En tenant compte du fait que l’Aïd al-Adha est une sunna mu’akkada subordonnée à la capacité financière, son accomplissement dans ces circonstances difficiles causerait un tort réel à une grande partie de notre peuple… » Et de conclure, « Nous appelons notre cher peuple à ne pas accomplir le rite du sacrifice cette année. Et nous accomplirons, si Dieu le veut, le sacrifice au nom de notre peuple. »

Une réponse rapide et sans appel

Face à cette désobéissance symboliquement lourde, les autorités ont agi vite. Les deux walis ont été remplacés temporairement :

  • Abdelghani Sebbar, gouverneur de Meknès, assure désormais l’intérim à Fès-Meknès.
  • Rachid Benchikhi, gouverneur d’Al Haouz, prend en charge Marrakech-Safi jusqu’à nouvelle désignation.

Ces nominations provisoires visent à assurer la continuité administrative, tout en laissant le temps au Palais de choisir les profils qui incarneront une loyauté sans faille aux orientations royales.

Une décision qui fait école ?

Au Maroc, les consignes du roi, qu’elles soient politiques, religieuses ou sociales , ont valeur de directive d’État. Dans un système monarchique où le roi cumule les fonctions de chef de l’État, chef spirituel et arbitre institutionnel, la désobéissance d’un wali dépasse le cadre local : elle devient une atteinte à l’ordre vertical de l’autorité.

Cette affaire pourrait donc servir d’exemple pour d’autres hauts fonctionnaires. Elle rappelle que l’État marocain repose sur une hiérarchie de confiance, où chaque responsable régional est le prolongement du pouvoir central. Aller à l’encontre d’une décision royale, c’est en quelque sorte se désolidariser de la monarchie elle-même.

En sanctionnant les walis qui ont ignoré son appel, le roi Mohammed VI a envoyé un message fort : l’unité nationale prévaut sur les initiatives personnelles, même sous couvert de tradition religieuse. Dans un contexte marqué par la rareté des ressources, les tensions sociales et la nécessité d’une gouvernance responsable, l’exemplarité devient une exigence — surtout chez ceux qui occupent les plus hauts postes territoriaux.

Bon à savoir

  • Les walis sont nommés directement par le roi et relèvent de son autorité directe.
  • Le non-respect d’une consigne royale, même religieuse, peut entraîner la mise à l’écart immédiate d’un haut fonctionnaire.
  • L’annulation de l’Aïd el-Adha 2025 a été justifiée par la sixième année consécutive de sécheresse, affectant gravement le cheptel national.

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