Retour des retraités algériens en Algérie : un choix de plus en plus assumé
Le retour des retraités algériens en Algérie est en nette progression. Après des décennies passées en France ou en Belgique, nombreux sont ceux qui choisissent de revenir vivre au pays. Motivation financière, attachement aux racines, mais aussi fatigue du climat social européen, le mouvement s’amplifie.
D’après les chiffres du Consulat général d’Algérie à Paris, près de 12 000 retraités algériens ont officialisé leur retour en Algérie en 2024, contre 8 500 en 2022. Un chiffre en hausse constante, notamment dans les départements français comptant une forte présence de la première génération d’immigrés algériens (Seine-Saint-Denis, Bouches-du-Rhône, Rhône).
Ce retour s’explique par plusieurs facteurs convergents, niveau de vie plus accessible, logement souvent déjà acquis au pays, et un sentiment de solitude en France aggravé par les polémiques sur l’immigration et la perte de liens sociaux.
Le pouvoir d’achat : un facteur central
Un retraité touchant 1 200 € de pension en France vit difficilement dans une grande ville française, mais peut vivre dignement en Algérie, notamment dans les wilayas de l’intérieur. Avec un taux de change parallèle en juillet 2025 de 1 € ≈ 260 DZD, cela représente plus de 312 000 dinars/mois. Une somme qui permet de couvrir largement les frais courants en Algérie.
Le coût de la vie plus bas, l’accès facilité à certains soins, et la propriété d’un bien immobilier familial ou hérité rendent ce retour économiquement viable. Ce retour s’envisage donc moins comme un repli que comme un projet de fin de vie choisi.
Une tendance en hausse depuis 2020
Selon la CNAV, environ 300 000 pensions de retraite françaises sont versées chaque année hors de France, dont près de 140 000 en Algérie. C’est le premier pays bénéficiaire, devant le Maroc et le Portugal.
En cause ? L’inflation persistante en France, la solitude urbaine, mais aussi le retour d’un lien fort avec le pays natal. « Avec 1 200 euros, je vis difficilement à Lyon, mais très correctement à Oran », témoigne Abdelkader, 68 ans, ancien ouvrier bâtiment.
Retour des retraités algériens en Algérie, un accompagnement encore imparfait
Malgré cette dynamique, le retour administratif reste semé d’embûches. Démarches pour transférer la pension via la Caisse Nationale des Retraites (CNR), fiscalité sur les revenus étrangers, couverture sociale locale : les retraités doivent souvent s’appuyer sur des associations ou des notaires pour régulariser leur situation.
Depuis 2023, un guichet unique expérimental a été mis en place à Alger pour accélérer les formalités de réintégration (résidence, fiscalité, assurance maladie), mais il ne concerne pour l’instant que les grandes villes.
Témoignages de personnes vivant en France : entre apaisement et adaptation
Khaled, 74 ans, revenu à Oran après 45 ans à Lille, raconte :
« J’étais fatigué de tout là-bas. Ici je retrouve mes cousins, mes souvenirs, le soleil. La France m’a tout donné, mais à la retraite, elle ne me donnait plus rien. »
Djamila, vivant en France, retraitée de la fonction publique française, installée à Tizi Ouzou :
« Ce n’est pas toujours facile. Les soins sont moins accessibles, les enfants sont restés là-bas. Mais je n’ai pas de regret. C’est une fin de vie plus douce, plus proche des miens. »
Les freins qui persistent
Plusieurs éléments freinent toutefois un retour massif :
- La situation sanitaire : certains retraités atteints de pathologies lourdes préfèrent rester dans l’Hexagone pour un suivi hospitalier constant.
- Le lien familial distendu : enfants et petits-enfants vivant en France rendent le retour difficile émotionnellement.
- La méfiance vis-à-vis de l’administration : lenteurs, manque de clarté sur la fiscalité des pensions ou sur l’accès à la couverture sociale.
Une tendance amenée à s’amplifier
Le gouvernement algérien a récemment affirmé vouloir « faciliter l’installation des retraités de la diaspora », notamment via :
- L’exonération de certaines taxes pour les pensions transférées en Algérie.
- Un nouveau programme de santé pour les retraités algériens revenus de l’étranger.
- Des projets de résidences adaptées à la population âgée à Constantine, Tlemcen et Mostaganem.
D’après une étude de la Fondation de l’Islam de France (2023), 1 retraité algérien sur 3 envisage un retour temporaire ou définitif, et 17 % y pensent activement.
Le retour des retraités algériens en Algérie est une réalité en construction, qui demande anticipation, accompagnement, mais il offre une alternative tangible à une vieillesse vécue dans la solitude ou la précarité. Entre racines et stabilité, beaucoup choisissent désormais la voie du retour.




