Immigration

Étudiants algériens en France : l’APL menacée en 2026 ?

Avec plus de 34 700 inscrits en 2024/2025, les étudiants algériens en France constituent la deuxième communauté étrangère. Mais une réforme inscrite au projet de loi de finances 2026 pourrait bouleverser leur quotidien, la suppression de l’aide personnalisée au logement (APL), principale subvention dont ils bénéficient.

En 2024/2025, la France comptait 443 500 étudiants non Français. Parmi eux, les Algériens occupent une place centrale, derrière les Marocains mais devant les Chinois. Leur nombre a progressé de près de 7 % en un an, un signe de l’attractivité toujours forte des universités françaises. Pourtant, derrière ces chiffres encourageants se profile une mesure qui inquiète, la possible suppression de l’APL pour les étrangers.

Cette perspective découle du projet de loi de finances (PLF) 2026, initié par François Bayrou et repris par le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu. L’objectif affiché est clair, réaliser près de 300 millions d’euros d’économies sur le budget de l’État. Une somme qui, selon les experts, serait largement obtenue par la réduction des aides sociales aux populations jugées “non prioritaires”.

Qu’est-ce que l’APL, et pourquoi les étudiants étrangers y ont droit ?

L’APL, ou aide personnalisée au logement, représente un pilier pour les étudiants. Versée par la CAF, elle permet de réduire de manière significative le montant du loyer, parfois de plusieurs centaines d’euros par mois. Pour en bénéficier, il suffit d’être locataire ou sous-locataire d’un logement conventionné, de justifier de faibles revenus et de ne pas avoir de lien de parenté avec le propriétaire.

Jusqu’ici, les étrangers, qu’ils soient européens ou extra-européens, pouvaient en bénéficier dans les mêmes conditions que leurs camarades français. “Sans l’APL, je ne pourrais pas payer ma chambre à Lyon. C’est un soutien vital”, témoigne Leïla, 22 ans, étudiante algérienne en master de droit.

2026 : la fin d’un droit ou une simple restriction ?

Le texte en préparation reste flou. Selon les fuites rapportées par Les Échos et RMC, l’APL pourrait être purement et simplement supprimée pour les étudiants étrangers. D’autres scénarios circulent, un durcissement des critères, comme l’exigence d’une résidence régulière de deux ans en France avant d’y avoir accès, proposition déjà adoptée par le Sénat dans une autre loi.

Pour les Algériens, deuxième communauté étudiante étrangère, le risque est majeur. “Si la mesure est adoptée, cela pourrait freiner la mobilité des jeunes Algériens vers la France. Le coût du logement est déjà la première barrière”, analyse un responsable associatif à Paris.

 l’APL, et pourquoi les étudiants étrangers y ont droit ?

L’impact chiffré : un loyer multiplié par deux

Aujourd’hui, un étudiant algérien qui loue un studio en région parisienne pour 600 € peut percevoir environ 250 à 300 € d’APL. Sans cette aide au logement, le budget pourrait grimper à près de la moitié des dépenses mensuelles, obligeant certains à cumuler plusieurs petits emplois au détriment de leurs études.

Selon une étude interne du CNOUS, près de 70 % des étudiants étrangers bénéficient d’une aide au logement. Parmi eux, les Algériens représentent un contingent significatif, avec environ 20 000 allocataires. La suppression de l’APL signifierait donc une fragilisation immédiate de milliers de parcours universitaires.

Témoignages d’étudiants algériens

À Toulouse, Sofiane, étudiant en informatique, confie sa crainte : “Mon loyer est de 480 €. Grâce à l’APL, je ne paie que 250. Si elle disparaît, je devrai rentrer au pays.”
Même inquiétude à Lille pour Sara, inscrite en sciences politiques : “On a déjà des frais de visa, d’assurance, de transport… Si on nous enlève le logement, c’est un coup de massue.”

Les associations étudiantes, elles, redoutent un effet domino : abandon de cursus, précarisation accrue, voire hausse des logements illégaux ou surpeuplés.

Un enjeu diplomatique entre Paris et Alger

Au-delà de la question budgétaire, cette mesure pourrait avoir des répercussions diplomatiques. L’Algérie est le premier pays francophone d’envoi d’étudiants en France. Supprimer l’APL pourrait être perçu comme une fermeture, au moment même où la France affirme vouloir renforcer la coopération universitaire. “C’est un signal paradoxal”, estime un chercheur spécialisé en mobilité étudiante.

APL : déjà restreintes pour les étudiants issus de foyers aisés

Contrairement à une idée répandue, les aides au logement ne sont pas ouvertes à tous sans distinction. Actuellement, un étudiant peut bénéficier de l’APL s’il est locataire ou sous-locataire déclaré, et si ses revenus n’excèdent pas un certain plafond. Mais il existe déjà une restriction notable : les étudiants rattachés à un foyer fiscal assujetti à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) n’ont pas droit à cette aide.

Selon les données de Service-Public.fr, seuls 186 000 foyers fiscaux sont concernés, soit 0,45 % des 41 millions de foyers en France. Une situation marginale, mais qui illustre que le dispositif n’est pas universel. La réforme envisagée pour 2026 élargirait donc considérablement le champ des exclusions, touchant cette fois non plus une minorité, mais la majorité des étudiants étrangers.

Vers une adoption rapide ?

Le PLF 2026 doit être présenté au Parlement d’ici le 7 octobre. Même si la mesure est encore sujette à débats, rien n’indique que le gouvernement fera machine arrière. Contrairement à d’autres annonces impopulaires, comme la suppression de deux jours fériés, l’exclusion des étudiants étrangers des APL semble avoir été maintenue.

La suppression de l’APL pour les étudiants étrangers constituerait un tournant social et symbolique. Pour les 34 758 algériens qui suivent leurs études en France, l’année 2026 pourrait signifier un logement plus cher, des conditions d’étude plus précaires et, pour certains, un retour anticipé au pays. À l’heure où la France cherche à préserver son attractivité académique, la mesure interroge, économies budgétaires ou frein à la diversité universitaire ?

Fatiha Lar

Fondatrice de JoliMatin, média de référence de la diaspora algérienne. Passionnée d'actualité, d'immigration et de culture algérienne, elle couvre depuis plusieurs années les sujets qui touchent les Algériens du monde entier.

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