Immigration

J’ai dû saisir un tribunal pour avoir le droit de travailler en France : ma galère d’étudiant algérien

« C’est bon, avancez. » C’est ce que le greffier m’a dit quand le juge a rendu sa décision. J’ai failli pleurer dans le couloir du tribunal administratif. À cet instant précis, je venais enfin de sauver mon droit de travailler en France.

Moi, c’est Yacine. J’ai 26 ans, j’étudie en master 2 à Lyon, et je travaille 20 heures par semaine en alternance pour payer mon loyer. Pas de famille ici, pas de filet de sécurité. Juste mon contrat, mon appartement, et un dossier de renouvellement de titre de séjour qui dormait depuis quatre mois sur une plateforme gouvernementale appelée l’ANEF.

Quatre mois pendant lesquels j’ai regardé le statut de mon dossier chaque matin en buvant mon café. Quatre mois à lire « en cours d’instruction » sans que personne ne réponde à mes emails, sans que personne ne décroche au téléphone. le droit de travailler en France

Le jour où mon employeur m’a convoqué

Mon alternance se terminait en juin. Pour la renouveler, mon employeur avait besoin d’une preuve que mon dossier était en règle. Pas le titre de séjour lui-même, juste le récépissé. Ce petit papier que la préfecture aurait dû me donner dès le dépôt de ma demande, et qui prouve qu’on est en situation régulière pendant l’instruction.

Sauf que moi, je n’avais pas de récépissé. Ma demande était dans les limbes de l’ANEF, quelque part entre un serveur informatique et un bureau de préfecture que personne ne semblait jamais ouvrir.

Mon responsable RH était gêné. « Yacine, on ne peut pas renouveler sans document. Donne-nous quelque chose d’ici fin du mois ou on va devoir te laisser partir. »

Ce soir-là, j’ai cherché sur internet pendant trois heures. C’est là que j’ai trouvé un collectif d’étudiants algériens à Lyon qui aidait gratuitement les gens dans ma situation.

Le recours gracieux : ma première vraie arme

La première chose qu’ils m’ont conseillé de faire, c’est d’envoyer un recours gracieux en recommandé avec accusé de réception directement au préfet. Pas un email perdu dans une boîte générale — une lettre physique, officielle, avec ma situation expliquée point par point.

Ce que je ne savais pas, c’est que ce courrier déclenche une horloge légale. La préfecture a deux mois pour répondre. Si elle ne répond pas, son silence compte comme un refus — et ce refus peut être attaqué devant le tribunal.

J’ai envoyé la lettre un mardi matin. Dedans, j’avais mis tout ce qui prouvait ma situation : mon contrat d’alternance, mon bail, mes relevés bancaires, la confirmation de dépôt sur l’ANEF, et une explication claire de ce que j’allais perdre si rien ne bougeait.

La préfecture n’a pas répondu cette semaine-là. Ni la suivante.

Trois semaines plus tard : le tribunal administratif

Sur les conseils du collectif, j’ai contacté un avocat spécialisé en droit des étrangers. Il m’a expliqué qu’on pouvait déposer un référé mesures utiles, une procédure d’urgence fondée sur l’article L.521-3 du Code de justice administrative pour forcer la préfecture à traiter mon dossier.

« Ce n’est pas rare », m’a-t-il dit. « Le contentieux des étrangers représente aujourd’hui 43 % des affaires des tribunaux administratifs français. Les préfectures sont condamnées régulièrement. Et quand elles perdent, elles paient les frais d’avocat. »

Ça m’a surpris. Je pensais que saisir la justice, c’était réservé aux cas extrêmes, aux gens avec de l’argent ou des relations. Pas à un étudiant algérien en master 2 qui veut juste finir son année et payer son loyer.

Le dossier a été déposé au tribunal. Deux semaines plus tard, le juge a ordonné à la préfecture de me convoquer dans les dix jours pour traiter ma demande. Dix jours après, j’avais mon récépissé.

Ce que cette histoire m’a appris du droit de travailler en France

« Sur internet, mon cas est loin d’être unique. Les espaces d’entraide comme le groupe Facebook ANEF Rex – Étrangers en France regorgent de témoignages d’étudiants algériens qui attendent des mois une décision du tribunal administratif pour débloquer leur situation. Sur d’autres plateformes comme Reddit r/France, le constat est identique : de nombreux expatriés confirment que l’administration ne bouge qu’une fois qu’une action en justice est officiellement lancée. »

  • « Ma demande est déposée depuis novembre, toujours aucun changement de statut. »
  • « Impossible de créer un compte sur l’ANEF, mon dossier n’existe même pas pour eux. »
  • « La plateforme indique en cours d’instruction depuis cinq mois, personne ne répond. »

C’est une réalité que beaucoup d’Algériens en France vivent en silence, par peur, par manque d’information, ou parce qu’on nous a toujours dit que se battre contre l’administration, ça ne sert à rien. Ça sert. J’en suis la preuve.

Voici ce que j’aurais voulu savoir dès le premier jour :

Réclamez votre récépissé immédiatement. Dès que votre demande est déposée, la préfecture doit vous remettre une « Attestation de Prolongation d’Instruction » (API). Ce document prouve votre situation régulière et vous protège pendant toute la durée de l’instruction. Sans lui, vous êtes vulnérable.

Ne restez pas seul face à l’ANEF. Le Centre de Contact Citoyen (0806 001 620, gratuit) peut intervenir sur les blocages techniques. La Cimade, le GISTI, et les collectifs d’étudiants proposent des accompagnements gratuits et des modèles de courriers.

Le recours gracieux, c’est votre première arme légale. Envoyez-le en recommandé, gardez l’accusé de réception, et attendez deux mois. Le silence de la préfecture n’est pas une fin, c’est le début d’un recours.

Si la situation est urgente, le tribunal administratif existe pour ça. Perdre un emploi ou un logement à cause d’un blocage administratif, c’est une urgence reconnue par la loi. Un avocat peut déposer un référé en quelques jours.

Je ne demandais pas de passeport. Je ne demandais pas d’aide financière. Je demandais juste qu’on me laisse finir mes études et travailler honnêtement pour payer mon loyer. Aujourd’hui, mon dossier est traité. Mon alternance a été renouvelée. Et si mon histoire peut éviter à une seule personne de vivre ces quatre mois d’angoisse, alors ça valait la peine de l’écrire.

Vous aussi vous êtes bloqué avec votre titre de séjour, l’ANEF ou un renouvellement qui traîne ? Ne gardez pas ça pour vous. Racontez votre parcours, vos démarches ou vos conseils de manière 100% anonyme sur jolimatin.com. Plus on partage nos histoires, plus on sait comment s’en sortir ensemble.

Note de la rédaction : Pour préserver l’anonymat des personnes concernées et illustrer une situation administrative que vivent actuellement des centaines de ressortissants algériens en France, Les informations juridiques de cet article sont données à titre indicatif. Pour votre situation personnelle, consultez un avocat spécialisé en droit des étrangers ou une association habilitée.

Ressources utiles : La Cimade : lacimade.org / GISTI : gisti.org / Défenseure des droits : defenseurdesdroits.fr / Centre de Contact Citoyen ANEF – 0806 001 620 (gratuit)

Roufeila Rebai

Rédactrice chez JoliMatin, juriste, spécialisée dans les sujets société, droit et vie quotidienne de la diaspora algérienne en Europe.

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