Algérie Ferries pointée du doigt après une traversée Béjaïa–Marseille quasi vide
L’été s’annonçait plus calme pour Algérie Ferries, mais une traversée Béjaïa–Marseille avec seulement cinq passagers a mis en lumière les défaillances persistantes, réservation tardive, programme mal anticipé, inquiétudes face aux créanciers… Un député appelle à des mesures urgentes pour redresser le navire.
La saison estivale 2025 devait amorcer un redressement pour Algérie Ferries. Malgré un climat plus serein que les années précédentes, plusieurs incidents ont terni cette accalmie. Le député Mohamed Hani l’a rappelé avec force, une traversée Béjaïa–Marseille le 4 août a accueilli à peine cinq passagers, alors que l’équipage comptait environ 160 personnes, une illustration choc du déséquilibre entre offre et demande

Algérie Ferries, crise de planification ou désorganisation ?
Selon Mohamed Hani, la compagnie a ouvert les réservations pour la saison estivale seulement le 20 mars, pour les départs depuis la France. Une imprécision fâcheuse qui a fait défaut à une planification efficace et permis à la concurrence de capter un large public. Le député pointe aussi du doigt un logiciel de réservation défaillant, facteur aggravant de cette saturation
Ce travers a des répercussions bien au-delà des traversées ratées. Mohamed Hani alerte sur la montée en puissance des créanciers étrangers, qui pourraient réclamer une saisie conservatoire sur les navires, une situation qui met en péril la capacité opérationnelle de la compagnie
Promotions estivales : un souffle d’espoir en demi-teinte
Malgré ce contexte complexe, Algérie Ferries mise sur des promotions pour amadouer les passagers. La campagne « Bahia » (destinée aux liaisons avec l’Espagne) et « Hana » (avec la France) ont été lancées cet été pour la diaspora. Des réductions allant jusqu’à 50–60 % ont également été annoncées pendant la saison estivale. Mais ces efforts sont jugés insuffisants face aux dysfonctionnements de fond.
Des horaires chamboulés, des passagers pris au dépourvu
En marge de ces anomalies, la compagnie a dû faire face à des désagréments supplémentaires : report d’une traversée Marseille–Alger prévue le 6 juillet, finalement opérée le 7 sur un autre navire, fermeture exceptionnelle de l’autoroute A7 à Marseille, contraignant les passagers à se présenter à l’aube pour l’embarquement. Ces imprévus reflètent une gestion fragile des conditions de voyage et une communication perfectible.
Une flotte moderne… mais des services fragiles
Algérie Ferries s’appuie sur une flotte variée comprenant quatre ferries (Tariq Ibn Ziyad, Tassili II, El Djazaïr II, Badji Mokhtar III) et deux bateaux-bus. Le Badji Mokhtar III, un ferry moderne lancé en 2021, dispose d’une capacité remarquable (1 800 passagers et 600 véhicules), mais cela n’a pas été suffisant pour combler le déficit de passagers sur cette traversée particulière. Et malgré son importance stratégique, même ce navire peut difficilement compenser les lacunes organisationnelles.
Vers une navigation plus calme ?
Pour espérer une navigation plus sereine, plusieurs leviers apparaissent incontournables. La compagnie doit avant tout anticiper sa programmation en ouvrant les réservations plus tôt, afin d’éviter les ruptures de service qui ont tant pénalisé les passagers. Une digitalisation plus efficace s’impose également : corriger les bugs récurrents du logiciel de réservation et fiabiliser la plateforme en ligne permettrait de rétablir la confiance des usagers.
Sur le plan économique, la flexibilité tarifaire reste un enjeu majeur, avec des promotions généralisées tout au long de l’année, notamment sur les liaisons très demandées comme Espagne–Algérie. La gestion du personnel devra aussi gagner en agilité, en adaptant les effectifs aux taux de remplissage des traversées. Enfin, la sécurisation de la flotte passe par des garanties financières solides, capables de protéger les navires des créanciers et de clarifier la viabilité à long terme de l’entreprise.
La traversée Béjaïa–Marseille avec seulement cinq passagers est l’image symbolique d’un navire en difficulté. Alors que la flotte d’Algérie Ferries est moderne et opérationnelle, les failles logistiques, financières et humaines mettent à rude épreuve son potentiel. Pour que l’été 2025 ne soit pas un mirage de stabilité, des réformes profondes s’imposent. Sans elles, la compagnie nationale pourrait bien perdre son cap, malgré ses moyens matériels.




